Za'atar : Le thym sauvage de Palestine et son histoire
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Par Jad Sahyoun, FALASTIN
Sur les collines calcaires de Palestine, une herbe basse gris-vert est cueillie à la main depuis plus longtemps que tout document écrit de cette terre. Cette herbe est le za'atar, en arabe زعتر, et ce mot désigne deux choses à la fois : la plante sauvage qui pousse entre les rochers, et le mélange d'épices que les familles palestiniennes en tirent. Comprendre le za'atar, c'est comprendre comment une seule plante est devenue un rituel quotidien, un signe d'appartenance et l'une des saveurs les plus reconnues du patrimoine palestinien.
En bref
Le za'atar est à la fois une herbe sauvage originaire de Palestine, Origanum syriacum, souvent appelée origan de Syrie ou hysope biblique, et le mélange d'épices qui en est tiré. Le mélange traditionnel est composé de feuilles de za'atar séchées, de sumac, de graines de sésame grillées et de sel. Les Palestiniens le consomment le plus souvent sous forme de man'oushe : un pain plat étalé de za'atar et d'huile d'olive, puis cuit au four. Au-delà de la cuisine, le za'atar a une signification profonde. Il pousse à l'état sauvage sur des terres que les familles ont glanées pendant des générations, et depuis 1977, cette cueillette a été restreinte par la loi israélienne, transformant un acte quotidien en un acte contesté.
Qu'est-ce que le za'atar ?
Le za'atar est d'abord une plante. L'herbe le plus souvent désignée par ce mot est l'Origanum syriacum, une plante vivace de la famille de la menthe que les botanistes appellent aussi origan syrien et qui est largement identifiée à l'hysope de l'Antiquité. Elle pousse à l'état sauvage sur les collines de Palestine et du Levant, prospérant dans les sols secs et rocheux où peu d'autres plantes s'implantent.
Le za'atar est aussi un mélange. Des feuilles de za'atar séchées et écrasées sont mélangées à du sumac pour l'acidité, à des graines de sésame grillées pour la texture et à du sel. Les proportions ne sont pas fixes. Les familles gardent leurs propres proportions, et on peut souvent deviner l'origine d'un mélange à sa couleur et à son acidité. Cette variation est l'essentiel : le mélange est personnel avant d'être commercial.
La saveur se situe quelque part entre le thym, l'origan et la marjolaine, c'est pourquoi aucune herbe anglaise ne peut la traduire. Le za'atar n'est pas un substitut du thym. C'est une plante à part entière, cultivée à sa propre place.
Les origines du za'atar
Le za'atar appartient à l'une des plus anciennes cultures alimentaires de la région. La plante est présente dans les textes de l'Antiquité : l'hysope nommée dans les Écritures anciennes est communément identifiée par les botanistes à l'Origanum syriacum, la même herbe cueillie aujourd'hui sur les collines palestiniennes. Bien avant la réfrigération ou les routes commerciales, le séchage des herbes sauvages était le moyen pour un foyer de préserver le goût des collines tout au long de l'année.
Cette herbe est également associée à une croyance populaire ancienne selon laquelle elle aiguise l'esprit. Dans les foyers palestiniens, les enfants ont toujours reçu du za'atar et du pain avant une journée d'étude ou un examen, avec la conviction que cela renforce la mémoire et la concentration. Que la chimie le confirme ou non, cette coutume montre à quel point la plante est profondément ancrée dans la vie quotidienne, de la salle de classe le matin au champ au crépuscule.
Comme l'olivier, le za'atar est une plante de patience et de lieu. Il n'est pas planté en rangées ordonnées, mais plutôt connu : où il pousse, quand il est prêt, combien en prendre et combien en laisser.
Ce que représente le za'atar
- Un lien avec la terre. Le za'atar est depuis longtemps cueilli à l'état sauvage, et pas seulement cultivé dans les jardins. Le cueillir signifie parcourir les mêmes pentes que les générations précédentes, lire la saison dans les plantes. Ce contact direct avec la terre est rare dans l'alimentation moderne, et c'est précisément ce qui donne au za'atar son poids en tant que plante patrimoniale, un peu comme le cactus sabbar qui marque les limites des anciennes terres villageoises.
- Une tradition sous pression. En 1977, le za'atar a été désigné comme plante protégée par la loi israélienne, et sa cueillette sauvage est devenue un délit passible de sanctions. Une plante sauvage apparentée, l'akoub, a été ajoutée à la liste des espèces protégées en 2005. Des chercheurs ont documenté des cas de Palestiniens verbalisés et détenus pour avoir cueilli l'herbe que leurs familles ont toujours cueillie. La raison invoquée était la surexploitation ; l'effet a été de criminaliser un acte d'appartenance quotidien.
- La table de tous les jours. Le za'atar n'est pas réservé aux célébrations. C'est le petit-déjeuner. Un mélange, un bol d'huile d'olive, du pain chaud et une théière constituent le matin le plus ordinaire dans une grande partie de la Palestine, et cette ordinarité est sa force. Un aliment consommé tous les jours devient inséparable de l'identité d'un peuple.
- Un marqueur de foyer. Pour les Palestiniens de la diaspora, l'odeur du za'atar grillé dans l'huile est un raccourci pour un lieu où beaucoup ne peuvent pas retourner. Il voyage dans les valises et traverse les frontières. C'est l'une des plantes sauvages de ces mêmes collines, aux côtés des fleurs indigènes de Palestine, qui portent la mémoire de la terre vers l'extérieur.
Le za'atar à table
La forme la plus familière du za'atar est le man'oushe, parfois écrit manaqish : une galette de pâte étalée avec du za'atar mélangé à de l'huile d'olive, puis cuite jusqu'à ce que les bords soient croustillants. Il est vendu dans les boulangeries à l'aube et préparé à la maison sur un saj. Associé à l'autre grand aliment de base du pays, l'olive, c'est un repas complet issu de deux dons sauvages des mêmes collines.
Au-delà du pain, le mélange est incorporé au labneh, parsemé sur du fromage blanc, mélangé à de l'huile pour tremper, et frotté sur les légumes avant de les rôtir. La table de Jaffa qui a donné au monde l'orange de Jaffa plaçait le za'atar à ses côtés comme une évidence. Si l'huile d'olive est la matière grasse de la cuisine palestinienne, le za'atar est son assaisonnement le plus constant.
Foire aux questions
De quoi est fait le za'atar ?
Le mélange palestinien traditionnel est composé de feuilles de za'atar séchées (Origanum syriacum), de sumac, de graines de sésame grillées et de sel. Les proportions varient d'une famille à l'autre, et certains mélanges ajoutent d'autres herbes séchées.
Le za'atar est-il la même chose que le thym ou l'origan ?
Non. Le za'atar est une herbe à part entière, Origanum syriacum, avec une saveur entre le thym, l'origan et la marjolaine. L'anglais n'a pas d'équivalent exact, c'est pourquoi le mot arabe est utilisé directement.
Pourquoi le za'atar est-il important pour les Palestiniens ?
C'est un aliment quotidien et une plante sauvage directement liée à la terre, consommée au petit-déjeuner et emportée dans la diaspora comme un goût de chez soi. Sa longue histoire et sa restriction en vertu des lois sur la cueillette en ont fait un symbole discret d'attachement au lieu.
Les Palestiniens peuvent-ils encore cueillir le za'atar ?
La cueillette sauvage est restreinte par la loi israélienne depuis 1977, date à laquelle le za'atar a été déclaré plante protégée. Le za'atar cultivé et acheté en magasin reste largement disponible, et la cueillette se poursuit dans la région.
Un témoignage vivant de la terre
Le za'atar n'est pas seulement une saveur. C'est un témoignage de la façon dont un peuple a appris ses collines à la main, saison après saison, et a maintenu ce savoir vivant à la table du petit-déjeuner. Une plante qui pousse librement entre les rochers est devenue, au fil des siècles, l'un des signes les plus sûrs du foyer.
Cet article a été rédigé et vérifié pour FALASTIN par Jad Sahyoun, avec l'aide d'outils d'IA.
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